Santé des soignants : une vulnérabilité inquiétante

Deux enquêtes menées par l’association Soins aux professionnels de santé (SPS) s’intéressent au suicide chez les soignants et la qualité de leur sommeil. Dès les premiers signes d’alerte, la vigilance est nécessaire.

L’Association SPS a mené une enquête auprès des soignants sur le thème « Suicide et professionnels de santé » dont elle a dévoilé les résultats le 6 décembre. Les 710 professionnels de santé ayant répondu à l’enquête connaissent 762 confrères ayant fait une tentative de suicide dont 378 sont parvenus à leur fin.

Une confiance ébranlée

SPS a souhaité connaître l’impact de la tentative de suicide ou du suicide d’un confrère sur la pratique des soignants :

  • 54 % des infirmières, 56 % des médecins et 57 % des pharmaciens ont reconnu que cela « avait ébranlé la confiance qu’ils avaient en eux », a annoncé le Dr Eric Henry, président de l’Association SPS.
  • Cet événement rejaillit également sur leur implication dans leur travail pour 72 % des infirmières, 67 % des médecins et 66 % des pharmaciens.

L’association a également souhaité savoir si les répondants avaient eux-mêmes déjà eu des pensées suicidaires :

  • 26 % des infirmières ont répondu oui, tout comme 25 % des médecins et des pharmaciens.
  • 49 % d’entre eux en ont parlé à un membre de leur famille, 37 % à un psychiatre en consultation, 33 % à un confrère, 29 % à un ami et 16 % à un psychiatre en consultation.

Attention à la qualité du sommeil

Une seconde enquête a par ailleurs été menée par le réseau Morphée - qui se consacre aux troubles du sommeil - pour le compte de l’association SPS auprès de personnes ayant des troubles du sommeil. Parmi les 13 068 répondants au questionnaire en ligne, 882 sont des soignants :

  • 39 % d’entre eux ont indiqué travailler en horaires décalés et 19 % le soir.
  • Le temps de sommeil des soignants est plus court les jours de travail avec une moyenne de six heures, comparé aux non-soignants (6,46 heures).
  • 48 % des soignants pensent être privés de sommeil par rapport à leur travail.
  • Le travail posté (horaires variables) est d’ailleurs significativement plus fréquent chez les soignants ayant une sensation de privation de sommeil dû à leur travail : 80% contre 34% pour les non privés du sommeil.
  • Ce sont les infirmières et les aides soignants qui sont davantage concernées par cette privation de sommeil (30% des aides-soignants, 69% des IDE et 38% des médecins).

Les conséquences concrètes de la privation de sommeil

« Le sentiment d’être privé de sommeil lié au travail a des conséquences importantes pour la santé, a expliqué le Dr Sylvie Royan-Parola, psychiatre et présidente du réseau Morphée.  Les personnes concernées ont un poids plus important, sont plus somnolents, et obtiennent des scores plus élevés sur les échelles de sévérité d’insomnie, d’anxiété et de dépression. » Il ressort de ces troubles un risque d’accidentologie plus important chez les soignants que chez les non soignants.

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